Il y a 50 ans…
Maintenant…
Dans les années 50, en pleine guerre froide avec le bloc de l’est, le Canada s’efforçait de protéger la souveraineté sur son territoire. Il devenait évident que si le Canada voulait être capable de défendre son territoire de façon efficace, il aurait besoin de quelque chose d’autre que le
CF-100 Canuck (aka
Clunk), un chasseur à réaction de fabrication canadienne, d’une design plutôt conventionnel. Un nouveau chasseur supersonique serait nécessaire. Il serait capable de couvrir des grandes distances sur un immense territoire en peu de temps.
AVRO (AV Roe) était une compagnie canadienne à l’avant-garde, à la fine pointe de la technologie pour l’aéronautique. C’est elle qui avait fait les plans pour le CF-100, et plusieurs autres aéronefs, desquels, le
AVROcar, la
soucoupe volante, pour le compte de l’armée américaine.
Étant canadienne, la compagnie entretenait des liens serrés avec la Royal Canadian Air Force et s’est éventuellement vue offrir le contrat de construction des nouveaux intercepteurs à réaction par le gouvernement Libéral de Louis St-Laurent en 1953.
Les spécifications seraient:
- Équipage de deux (On considérait improbable que même un système complètement automatisé réduirait la charge de travail du pilote suffisamment pour ne conserver qu’un seul membre de l’équipage.)
- Doubles réacteurs (puisqu’aucun autre moteur existant pouvait recevoir la charge en essence nécessaire pour les missions de longue distance qu’étaient demandées par la RCAF.)
- Autonomie de 300 miles nautiques (556 km) pour une mission normale à basse vitesse, et 200 miles nautiques (370 km) pour les missions d’interceptions à haute vitesse.
- Mach 1.5, vitesse de croisière à une altitude de 50,000 pieds (15,000 m)
Manoeuvrabilité (être capable de faire des manoeuvres à 2 g sans perte de vitesse ou d’altitude dans ces conditions.
- Le temps entre l’allumage des moteurs jusqu’à ce que l’avion atteigne 50,000 pieds (15,000 m) et Mach 1.5 devait être de moins de 5 minutes. La préparation au sol devait prendre moins de dix minutes.
Ainsi était né le
projet Arrow.
Cette merveille d’ingénierie a reçu un design avec ailes en forme delta, surtout pour raisons d’espace de rangement interne. Après beaucoup de design et d’innovations, l’inauguration du premier prototype a malheureusement été un peu éclipsée par le lancement du premier satellite russe Spoutnik.
Durant les tests, il y a eu quelques anicroches et problèmes, surtout avec le train d’atterissage, mais rien de grave.
Une vitesse de Mach 1.98 a éventuellement été atteinte, et bien que ça excédait de beaucoup les spécifications initiales, il a été décidé qu’il fallait viser plus haut.
Le projet du moteur à réaction de type Iroquois a été enclenché, mais s’est avéré très coûteux, dû à de nombreux échecs.
Un moteur Iroquois devait être installé dans un deuxième prototype quand des élections ont eu lieu. Les libéraux de Louis St-Laurent ont étés défaits par les conservateurs de John Diefenbaker qui avait basé sa campagne contre les dépenses folles des libéraux, perçus comme utilisant l’argent de l’ouest canadien au profit de l’est. Le moteur Iroquois n’a donc jamais été installé dans le deuxième prototype. Même si on prévoyait qu’il pourrait briser des records mondiaux de vitesse, le gouvernement Diefenbaker a décidé d’annuler le projet.
Par peur que des espions russes volent les plans et aussi pour éviter que les prototypes soient vus du public, ce qui aurait pu embarasser son gouvernement, Diefenbaker a ordonné que les prototypes soient complètement démantelés.
AVRO Canada ne se remettra jamais des annulations et a éventuellement fait faillite, mais plusieurs des ses ingénieurs ont connu une belle carrière avec la NASA en travaillant sur des projets de vols spatiaux habités comme Mercury, Gemini et Apollo.
Il y a eu des spéculations que les États-Unis auraient fait des pressions sur le gouvernement conservateur pour annuler le projet
Arrow pour que le Canada achète des avions construits aux É.-U., mais ça n’a pas été formellement établi.
Jusqu’à la semaine passée, les seuls objets ayant survécu à la destruction des prototypes étaient le nez et un train d’atterissage. Cependant, des gens enthousiastes et travaillant on construit une réplique de l’
Arrow et l’inauguration a eu lieu cette semaine. L’avion a été construit en métal selon les plans qui ont pu être sauvés.
L’avion est maintenant en exposition au
Toronto Aerospace Museum. Finalement, les canadiens peuvent voir avec leurs propres yeux une partie de leur histoire qui leur avait été volée il y a 50 ans.
Cool.
brem
Ressources:
Docu-Drama - Book
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